Approfondir l'attention
La semaine 1 du cycle d’entraînement à la petanque demande une seule chose, et elle est plus difficile qu’elle n’en a l’air. Faites attention. Ne corrigez rien pour l’instant. Regardez simplement votre lancer et écrivez ce qui est vraiment là. C’est là que tout le journal commence, et cela mérite qu’on y regarde de plus près.
Pendant des années de petanque, je ne me suis jamais vraiment regardé lancer. Mes yeux étaient sur la boule, la cible, le résultat. Le geste se faisait dans le noir, et le corps prenait des décisions que je ne voyais jamais. La semaine 1 est l’antidote à cela, et c’est pour cette raison que l’attention vient avant tout le reste dans le journal. Dans votre propre pratique de la petanque, vous repérez ce qui se passe quand vous lancez, et vous le nommez avant que le souvenir disparaisse. Le journal est simplement l’endroit où poser ce que vous remarquez.
Il est important de ne pas essayer de réparer quoi que ce soit. Dès que vous commencez à corriger, vous cessez de voir. Et vous ne pouvez pas changer ce que vous n’avez jamais regardé. Voir vient d’abord.
L’attention demande de la concentration
Voici la partie qui se trouve juste sous l’attention, et elle n’est pas toujours évidente. Vous ne pouvez remarquer que ce pour quoi vous avez assez de concentration pour rester présent. Laissez votre attention dériver avant que la boule quitte votre main, et le moment le plus important, le lâcher, arrive pendant que votre esprit est ailleurs.
Et le corps ne peut pas apprendre ce qu’il ne peut pas sentir. Si vous ne vous donnez jamais la chance de remarquer le lancer, il n’a rien à apprendre. C’est le coeur de The Inner Game of Tennis de Timothy Gallwey: c’est l’attention, pas l’instruction, qui enseigne au corps.
« Les plus grandes pertes de concentration surviennent quand nous projetons notre esprit vers ce qui va arriver, ou quand nous le laissons s’attarder sur ce qui vient d’arriver. »
W. Timothy Gallwey · The Inner Game of Tennis, traduction libre
La même attention que travaille la méditation
Si cela ressemble à de la méditation, c’est parce que c’est la même compétence. Ralentissez la respiration et vous stabilisez le coeur. Pratiquez la pleine conscience et les sens s’aiguisent: vous remarquez le toucher, les sensations, ce qui vous entoure. C’est la même attention qui permet de remarquer votre lancer.
La petanque est mentale à quatre-vingts pour cent, sinon davantage. Plus calme et plus détendu, vous êtes plus présent, et l’esprit risque beaucoup moins de partir vers le résultat. La méditation m’a aidé à rester présent dans les grands moments, les parties serrées où une boule doit compter. Je fais confiance à ma routine, pas au résultat. Dans ces moments-là, il ne reste plus de voix de doute pour gêner, et la partie de moi qui sait déjà ce que j’essaie de faire peut simplement le faire.
Où va l’attention dans un lancer
Imaginez un lancer comme une ligne, de gauche à droite. Au début, l’attention accompagne le geste, présente et attentive. Mais elle a tendance à s’en détacher avant la fin, avant le lâcher et l’accompagnement, pour courir vers l’endroit où la boule va arriver. Cette fin du geste est précisément l’endroit où se trouve l’information.
Si l’esprit conscient a déjà filé devant, le lancer se termine en pilote automatique, et vous ne sentez jamais ce que le poignet et le bras ont réellement fait. Vous ne pouvez pas apprendre d’une fin de geste que vous n’avez pas remarquée. Remarquer la fin révèle les détails subtils, et ces détails deviennent la base de tout changement que vous ferez ensuite.
Et sur toute une partie
La même ligne s’étire sur toute une partie, et elle peut vous tirer dans deux directions. Prenez une avance confortable et rien ne vous éprouve, alors l’attention descend, sous-stimulée, et vous cessez de regarder des boules qui comptent encore. Laissez le score se resserrer et l’inverse arrive: vous vous crispez, vous forcez, et l’esprit court vers le résultat. L’attention est l’habitude qui vous garde sur la ligne dans les deux cas.
C’est proche de ce que Mihaly Csikszentmihalyi décrit dans Flow: The Psychology of Optimal Experience: une absorption complète dans une activité claire et exigeante, où le retour arrive sans cesse et où le défi reste proche du niveau du joueur. En petanque, le retour vient boule après boule: voir la ligne, sentir le lâcher, lire la donnée. Pour reprendre le langage de Gallwey, il s’agit de calmer le Self 1, l’esprit conscient qui pense trop, pour que le Self 2, le faiseur entraîné, puisse faire ce que le corps sait déjà faire.
Ce qui change d’abord, ce n’est jamais le lancer. C’est ce que vous commencez à remarquer.
Voilà toute la semaine 1 : l’attention. Remarquer, ne pas corriger. Le journal lui-même est un compagnon d’entraînement, un endroit où suivre ces changements séance après séance, au moment où ils se produisent, plutôt que le lieu qui les explique en détail. Des articles comme celui-ci me permettent d’aller plus loin, et je publierai des textes détaillés gratuits sur chaque thème hebdomadaire, avec des exercices pour les accompagner.
Avec le temps, j’ai l’intention de réunir tout cela dans un livre plus complet sur la petanque. Pour l’instant, le Journal de la Performance à la Petanque est le compagnon qui vous garde honnête semaine après semaine.
Et si vous voulez un exercice détaillé pour travailler cela sur la piste, inscrivez-vous pour recevoir gratuitement l’exercice du Lâcher Tardif. Je pense qu’il vous plaira.
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