Une boule, une chance
Trois images · une chacune · deux manches
En partie, l’image change sans arrêt. Cet exercice vous donne une boule pour la lire, faire un choix et jouer le coup que vous voyez.
Pensez à ce qui se passe quand vous travaillez le même coup six fois de suite.
La première boule vous apprend quelque chose. Le sol est peut-être plus rapide que prévu. La deuxième est un peu meilleure. À la troisième ou la quatrième, vous avez une idée bien plus claire de la force, de la ligne et de l’endroit où vous voulez faire tomber la boule.
C’est un travail utile. Mais ce n’est pas tout à fait ce qui se passe en partie.
En partie, l’image change sans arrêt. Une boule bouge. Le but bouge. La distance change. Quelqu’un bloque la ligne que vous vouliez. Vous voilà avec un autre problème à résoudre.
Et il faut généralement le résoudre avec la boule suivante.
Cet exercice sert à s’habituer à une image nouvelle, à prendre une décision et à faire confiance au premier essai.
Qu’essaie-t-on d’apprendre ?
Une question simple :
Est-ce que je peux comprendre ce que ce coup demande quand je n’ai qu’un seul essai ?
Cela ne veut pas dire qu’il faut jouer une boule parfaite. Un raté peut encore servir. Ce qui compte, c’est d’avoir regardé la situation pour de bon, fait un choix clair et joué le coup que vous aviez choisi.
Il n’y a pas de score et rien à réussir. On retire simplement quelque chose que l’entraînement vous donne d’habitude : la possibilité de lancer une autre boule sur exactement le même problème.
Ce qu’il vous faut
Restez simple.
Vos boules habituelles, un but et quelques repères plats ou objets de rechange. Si vous avez des boules en trop, servez-vous-en comme obstacles ou comme boules déjà en jeu.
Pas besoin de construire des situations compliquées. Au contraire : plus elles ressemblent à ce que vous pourriez vraiment voir en partie, mieux c’est.
Installez trois images différentes
Commencez par trois situations. Vous avez trois boules, donc vous allez jouer une boule à chacune.
Par exemple :
- Un point confortable. Une distance et une ligne que vous vous attendez normalement à réussir.
- Une longue. Près de votre limite, là où il faut porter la boule presque jusqu’au bout.
- Une décision à prendre. Mettez une boule en travers. Donnez-vous un choix de données. Ou créez une position où pointer et tirer se défendent tous les deux.
Puis jouez-les dans l’ordre. Une boule à chaque image.
Ensuite, ramassez tout, changez les trois situations et recommencez. Deux manches vous donnent six problèmes différents à résoudre.
Ne rendez pas tout difficile
C’est important.
Le but n’est pas d’inventer six coups affreux pour voir combien vous en réchappez. Une partie contient des coups confortables autant que des coups difficiles.
Variez donc la question, pas seulement la difficulté. Changez par exemple :
- la distance
- la ligne
- la donnée
- le sol
- la présence d’une boule en travers
- le choix entre pointer et tirer
- l’existence de plusieurs solutions raisonnables
Si chaque coup ressemble à un coup d’artiste, vous êtes sans doute allé trop loin. Que ça reste de la pétanque.
Avant chaque boule
Prenez votre temps habituel.
- Lisez l’image.Que fait le sol ? Où la boule peut-elle tomber ? Qu’y a-t-il en travers ? De quoi la position a-t-elle vraiment besoin ?
- Choisissez.Pointer ou tirer ? Quelle ligne ? Quelle donnée ? Que demandez-vous à la boule ?
- Engagez-vous.Une fois le choix fait, jouez ce coup-là. Évitez de rester dans le cercle à débattre encore entre trois options.
- Lancez.Votre routine habituelle, votre rythme habituel.
- Observez.Que s’est-il réellement passé ? La boule a-t-elle fait ce que vous aviez imaginé ? Quelque chose a-t-il différé de ce que vous attendiez ?
- Passez.Puis passez à une nouvelle image.
La règle qui compte : pas de second lancer
C’est sans doute la partie la plus difficile de l’exercice.
Vous ratez. Vous savez aussitôt ce que vous voulez corriger. « Trop long. J’en enlève un peu. » Et la main cherche déjà une autre boule.
D’habitude, cette deuxième boule peut être très utile. Mais pas ici. Prenez ce que la première vous a appris et passez à l’image suivante.
Pourquoi ? Parce que la deuxième boule ne résout plus le même problème. Vous en savez maintenant plus sur la ligne, la force et le sol qu’avant le premier essai. C’est exactement l’information qu’on retire pour un moment.
Une image. Une décision. Une boule. On passe.
Que faut-il remarquer ?
Ne comptez pas seulement les boules qui ont fini près du but. Il y a plus utile à regarder.
Ai-je gardé ma routine ? Quand l’image changeait, avez-vous encore pris le temps qu’il vous faut d’habitude ? Ou vous êtes-vous précipité parce que chaque coup semblait différent ?
Ai-je pris une décision claire ? Rien n’oblige à choisir instantanément. Certaines situations méritent vraiment un peu de réflexion. Mais une fois le choix fait, vous y êtes-vous vraiment tenu ?
Ai-je emporté la boule précédente dans la suivante ? Celle-ci est intéressante. Vous jouez une boule trop longue. La situation suivante n’a rien à voir, et pourtant vous jouez soudain trop prudemment, parce que le raté précédent est encore dans la tête. Remarquez quand cela arrive. Chaque nouvelle image mérite d’être lue pour ce qu’elle est.
Quelque chose de déjà travaillé est-il apparu tout seul ? Peut-être travailliez-vous une donnée précise. Peut-être essayiez-vous de ralentir le bras. Peut-être avez-vous un mot ou un bout de routine répété séance après séance. Est-il apparu ici sans que vous le forciez ? Cela vaut la peine d’être noté. C’est le signe que quelque chose de travaillé commence à être disponible quand la situation change.
Corser l’exercice
Commencez simple. Pas besoin de pression, d’obstacles tordus ni de distances difficiles dès le départ. Voyez d’abord si vous gardez le même processus quand l’image change.
Puis ajoutez une chose à la fois. Vous pouvez :
- changer de sol entre les coups
- mettre une boule dans votre ligne préférée
- vous donner deux données possibles et vous obliger à trancher
- créer un vrai choix entre pointer et tirer
- inclure une distance que vous évitez d’habitude
- rendre la position du but moins confortable
- changer l’angle depuis le cercle
Mais gardez aussi des situations plus faciles. Six coups difficiles, c’est un test. Six situations différentes, c’est de l’entraînement.
Pourquoi ne pas simplement répéter le même coup ?
Parce que la répétition et cet exercice ne font pas le même travail.
Pour comprendre un coup précis, le répéter peut être extrêmement utile. Vous lancez. Vous observez. Vous ajustez. Vous relancez. Le corps a ainsi de nombreuses occasions d’explorer le même problème.
Cet exercice ne remplace pas cela. Il pose une autre question : est-ce que vous retrouvez ce que vous avez travaillé quand la situation suivante est différente ?
La recherche sur la pratique variée et aléatoire n’est pas assez simple pour affirmer que changer sans cesse la tâche vaut toujours mieux que répéter. Ce n’est pas la raison d’être de cet exercice. La raison est bien plus concrète.
Une partie de pétanque vous demande sans arrêt de regarder une situation nouvelle, de décider ce qu’elle réclame et de jouer la boule sans essai préalable. Il est donc logique de s’entraîner aussi à cela, de temps en temps.
Servez-vous de la répétition pour trouver quelque chose. Puis changez l’image et voyez si vous le retrouvez.
Après six boules
Inutile de noter chaque résultat. Avant de quitter le terrain, demandez-vous :
- Quelle image m’a fait m’arrêter et réfléchir ?
- Ai-je précipité une de mes décisions ?
- Ai-je emporté un raté dans la boule suivante ?
- Quelque chose de travaillé récemment est-il apparu tout seul ?
- Quel coup ou quelle situation mérite plus de temps la prochaine fois ?
Cette dernière question est particulièrement utile. Cet exercice peut révéler ce qui demande encore du travail.
Peut-être que huit mètres vous ont mis mal à l’aise à répétition. Peut-être avez-vous peiné chaque fois qu’une boule bloquait votre donnée préférée. Peut-être que votre routine disparaissait dès qu’il y avait un choix à faire.
Tant mieux. Vous avez maintenant quelque chose de précis à travailler.
Cela peut vouloir dire revenir à un exercice de répétition et y passer du temps. Puis, un autre jour, revenez ici et voyez si vous le retrouvez quand l’image change.
Travaillez-le. Laissez reposer. Changez l’image. Voyez si vous le retrouvez.
Cet exercice fait partie du guide pour s’entraîner seul à la pétanque, aux côtés de L’exercice du lâcher tardif et de La donnée. La recherche derrière cet exercice est présentée dans le dossier de recherche du guide.
Quelle image vous a fait hésiter la dernière fois, et qu’avez-vous décidé au bout du compte ?
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