L’exercice du lâcher tardif

Six lentes · six normales · 5–10 min

Ralentissez le bras. Donnez-vous le temps de sentir où la boule quitte vraiment votre main. Puis revenez à votre lancer habituel et voyez ce qui reste.

On me disait de ralentir le bras. Alors je ralentissais. Et la boule m’échappait de la main pour tomber deux mètres trop court.

Je réessayais, plus lentement encore. Même résultat. Très vite, « ralentis le bras » a fini par sonner comme une autre façon de dire « lance plus mou », et je revenais aussitôt à ma façon habituelle de faire.

Le conseil n’était pas forcément faux. Le problème, c’est que je n’avais aucune idée de ce que ma main faisait pendant que le bras avançait.

Je l’ai vraiment vu pour la première fois en aidant mon ami Paul. Je me suis surpris à lui dire quelque chose que j’avais sans doute besoin d’entendre moi-même. C’est devenu, plus tard, cet exercice.

J’ai commencé à installer un simple repère en l’air et à lancer lentement au-dessus, avant de revenir à mon rythme habituel. Au fil des semaines, j’ai vu mon lâcher arriver plus tard dans le geste, et la boule s’est mise à arriver avec une trajectoire plus douce.

C’était utile pour moi. Votre lancer vous racontera peut-être tout autre chose.

Le but n’est pas de copier mon lâcher. C’est de vous donner le temps de remarquer le vôtre.

Qu’essaie-t-on d’apprendre ?

Une chose simple :

Est-ce que ralentir le geste m’aide à sentir où la boule quitte ma main ?

Puis vient la question la plus importante :

Quand je reviens à mon rythme habituel, est-ce qu’il reste quelque chose de cette sensation ?

C’est tout l’exercice. Six lancers plus lents. Puis six normaux. Cinq à dix minutes suffisent largement.

Ce qu’il vous faut

Il vous faut :

  • vos boules
  • un cercle, ou un endroit d’où lancer
  • quelque chose de visible que la boule doit franchir

Une ficelle tendue entre deux supports, une branche basse, un anneau, ou n’importe quoi d’autre qui vous donne un repère net en l’air.

Vous ne cherchez pas à le toucher. Il est simplement là pour donner à la boule quelque chose à franchir.

La mise en place

Placez votre repère à deux ou trois mètres devant le cercle, à peu près à hauteur de tête.

Pas besoin d’être exact. Lancez deux ou trois boules et ajustez-le jusqu’à ce que la trajectoire ressemble à quelque chose que vous pourriez vraiment utiliser en pointant.

Pas encore de but. Pas de donnée. Et peu importe où la boule finit.

Pour ces premiers lancers, ce qui est intéressant se passe bien plus tôt. Que fait votre bras ? Où la boule quitte-t-elle votre main ? Quelle sensation laisse ce lâcher ?

C’est suffisant.

Vue de profil du geste. Le bras part en arrière le long d’un cercle en pointillés, revient depuis l’épaule, et la boule quitte la main. Son arc s’élève et traverse un anneau suspendu à hauteur de tête, deux à trois mètres devant, puis redescend. Il n’y a ni but ni boule cible dans l’image.
Donnez à la boule quelque chose à franchir. Pour l’instant, peu importe où elle finit.

Commencez par six lancers plus lents

Demandez-vous :

Jusqu’où puis-je ralentir le bras tout en envoyant confortablement la boule au-dessus du repère ?

Pas aussi lentement que possible. Et pas au point que le mouvement cesse de ressembler à un lancer. Juste nettement plus lent que d’habitude.

Puis lancez six boules.

N’essayez pas de tout corriger. Choisissez une seule chose à observer. Par exemple :

  • Où ai-je senti la boule quitter ma main ?
  • Ma main est-elle restée plus longtemps sous la boule ?
  • Qu’ont fait mes doigts ?
  • La boule a-t-elle semblé plus lourde quand le bras travaillait moins ?
  • Qu’est-il arrivé à la hauteur de l’arc ?

Vous remarquerez peut-être quelque chose tout de suite. Peut-être pas. Les deux conviennent.

L’idée est de vous donner un peu plus de temps pour sentir un mouvement qui, d’habitude, passe très vite.

Puis six à votre rythme

C’est la moitié qui compte.

Retirez la consigne de ralentir. Revenez à votre propre rythme. Ne retenez pas la boule exprès. N’essayez pas de recréer exactement ce qui s’est passé dans les lancers lents.

Lancez, simplement. Puis observez.

Quelque chose a-t-il changé sans que vous le forciez ? Le lâcher semble peut-être un peu plus tardif. La boule sort peut-être plus proprement. L’arc paraît peut-être plus facile.

Peut-être que rien ne change du tout. C’est utile aussi. Vous découvrez ce qui passe vraiment dans votre lancer habituel, au lieu de fabriquer une technique parce qu’un exercice vous l’a demandé.

Le lent vous donne le temps de remarquer. Le normal vous dit si c’était utile.

Trois étapes alignées, chacune légendée par la question à laquelle elle répond : les six lentes, les six normales, et revenir un autre jour.
Le lent vous donne où regarder. Le normal vous dit ce qui a suivi. Un autre jour vous dit ce qui est resté.

Pourquoi retirer le but ?

Parce que dès qu’un but est posé, la plupart d’entre nous se mettent à juger la boule à l’endroit où elle finit. Trop courte. Trop longue. Bonne boule. Mauvaise boule.

D’habitude, c’est une information utile. Mais elle peut rendre plus difficile de remarquer ce qui s’est passé pendant le lancer lui-même.

Alors, pour les six premières, retirez le résultat. La boule n’a qu’un seul travail : franchir le repère.

Cela vous donne quelques lancers où porter attention au mouvement sans décider aussitôt si la boule était bonne ou mauvaise. Ensuite, on remet la vraie tâche.

Que faut-il remarquer ?

Inutile d’analyser chaque partie de votre technique. Essayez même de ne pas le faire. Choisissez une chose.

Où la boule a-t-elle quitté ma main ? La réponse est peut-être différente de ce que vous imaginiez. Pour moi, elle l’était.

Que s’est-il passé quand j’ai ralenti le bras ? Votre main est-elle restée plus longtemps avec la boule ? La boule a-t-elle semblé plus lourde ? Les doigts se sont-ils fait sentir davantage ? La trajectoire a-t-elle changé ?

Que s’est-il passé au retour à la normale ? C’est la partie intéressante. Une part de la sensation a-t-elle survécu quand vous avez cessé de penser à ralentir ? Si oui, vous tenez quelque chose à explorer. Si elle a complètement disparu, cela vous apprend aussi quelque chose.

Est-ce que je peux vraiment décrire ce que j’ai senti ? Essayez d’aller au-delà de « c’était bien ». Quelque chose comme « le bras était plus facile et j’ai senti la boule partir bien plus loin devant » est beaucoup plus utile. Vous avez maintenant quelque chose que vous pourrez reconnaître.

Ne courez pas après le lâcher

C’est important.

L’exercice s’appelle « l’exercice du lâcher tardif » parce que lâcher plus tard était ce que moi, j’avais besoin d’explorer. Cela ne veut pas dire que tout le monde devrait chercher à lâcher la boule le plus tard possible.

On ne cherche pas un point parfait dans l’espace. Votre lâcher changera avec le coup. Une haute portée ne ressemblera pas forcément à une boule plus tendue. Un point à six mètres ne ressemble pas toujours à un point à dix.

Ne finissez donc pas l’exercice en pensant : je dois lâcher ici.

La meilleure question, c’est : qu’ai-je remarqué quand le geste était facile et que la boule sortait comme je voulais ?

Cela vous donne quelque chose d’utile, sans en faire une consigne technique de plus à contrôler.

Remettez la donnée

Une fois les six lancers lents et les six normaux faits, posez un but. Choisissez une vraie donnée. Et pointez normalement.

C’est là que l’exercice redevient de la pétanque utile. Vous ne pensez plus « est-ce que je peux lâcher plus tard ? ». Vous pensez « où est-ce que je veux faire tomber cette boule ? ».

Puis vous jouez le coup et vous regardez si quelque chose de découvert plus tôt apparaît tout seul.

C’est cela qu’on cherche. Pas un geste que vous savez produire en vous concentrant sur votre main. Un geste encore disponible quand votre attention revient au jeu.

C’est ici que l’exercice passe naturellement la main à La donnée.

Changez une chose à la fois

Quand la mise en place d’origine ne vous apprend plus rien, changez-la. Vous pouvez :

  • monter un peu le repère
  • le baisser
  • l’éloigner
  • le retirer et tenter de reproduire la même trajectoire
  • remettre le but
  • choisir une donnée
  • essayer la même idée à une autre distance

Mais inutile de durcir l’exercice pour durcir. Changez quelque chose parce que vous avez une question à laquelle répondre.

Par exemple : la même sensation apparaît-elle quand il faut plus de hauteur ? Ou : est-ce que je la retrouve quand je cherche vraiment à poser la boule quelque part ?

C’est ce qui garde l’exercice utile.

Pourquoi ralentir, au fond ?

Pas parce que la pratique lente serait automatiquement meilleure. Et pas parce qu’il faudrait jouer à la pétanque avec un bras lent.

La raison est bien plus simple. Votre lancer habituel va vite. Ralentir donne parfois un peu plus de temps pour remarquer quelque chose qui, d’habitude, passe avant qu’on l’ait vraiment senti.

Puis vous revenez à la normale. Si les lancers lents vous ont fait découvrir quelque chose d’utile, vous commencerez peut-être à le reconnaître là aussi. Sinon, ne forcez pas. Essayez une autre question.

On se sert du geste lent pour remarquer davantage, pas pour faire du geste lent la technique finale.

Terminer la séance

Avant de tout ramasser, demandez-vous :

  • Où ai-je senti la boule quitter ma main ?
  • Qu’est-ce qui a changé quand j’ai ralenti le bras ?
  • Quelque chose est-il resté au retour à la normale ?
  • Quelle sensation laissait le meilleur lancer ?
  • Que voudrais-je guetter la prochaine fois ?

Pas besoin d’une description technique. Parfois un seul mot suffit. Facile. Plus loin. Doux. Libre. Ce qui a vraiment voulu dire quelque chose pour vous.

Notez-le tant que la sensation est fraîche. Puis laissez reposer. À la prochaine séance, voyez si vous le retrouvez.

Remarquez-le. Laissez reposer. Revenez voir ce qui est resté.

Cet exercice fait partie du guide pour s’entraîner seul à la pétanque, aux côtés de La donnée et d’Une boule, une chance. La recherche derrière cet exercice est présentée dans le dossier de recherche du guide.

À quel moment du geste avez-vous senti la boule quitter votre main, la dernière fois ?

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S’imprime en carte A5

Défini dans le lexique Le but Lâcher

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