Semaine 5 : Confiance. À quoi se fier quand tout se joue ?
Le score est de 12–12. L’adversaire tient le point et vous avez la dernière boule.
Le point est ouvert. Vous avez joué ce coup des dizaines de fois. Sept mètres, une donnée bien visible, assez d’espace pour laisser la boule finir sa course.
Mais cette fois, la sensation n’est plus la même.
L’enjeu semble avoir alourdi la boule. Vous vérifiez votre prise. Vous vous demandez si le bras va se crisper. Vous vous dites qu’il faut avoir confiance, puis vous constatez que la confiance n’est pas là.
À quoi êtes-vous censé vous fier ?
Pas à la certitude que la boule finira près du but. Personne ne peut le savoir.
Pas à la disparition de la pression. Elle ne disparaîtra probablement pas.
Il faut quelque chose de plus honnête : assez de confiance dans ce coup, à cet instant précis, pour le choisir et le jouer sans retenue.
C’est cette confiance que je veux explorer dans la semaine 5. Pas une certitude. Pas une posture destinée à impressionner l’adversaire. Pas la promesse que la prochaine boule sera bonne.
La confiance permet de s’engager sans connaître le résultat.
La confiance doit porter sur quelque chose de précis
Nous parlons souvent de la confiance comme d’une qualité que l’on possède ou que l’on a perdue.
Une semaine, vous avez confiance. La suivante, vous l’avez perdue. Une bonne partie vous la rend. Une mauvaise mène vous la reprend.
Ce n’est pas assez précis pour être utile.
Vous pouvez avoir confiance en votre point à sept mètres, mais pas à dix. Vous pouvez être à l’aise sur un terrain roulant, puis hésiter lorsque le terrain devient plus technique et que la donnée est plus difficile à lire. Vous pouvez faire confiance à une trajectoire plus haute à l’entraînement, puis l’abandonner quand la partie entre dans ses dernières mènes.
La confiance doit porter sur quelque chose de précis.
Au lieu de vous demander : « Est-ce que j’ai confiance ? », posez une autre question :
À quoi est-ce que je me fie, ici, pour ce coup ?
Peut-être à l’image de la donnée. Peut-être au geste lent et complet trouvé à l’entraînement. Peut-être à votre préparation.
Lisez la mène, choisissez le coup, voyez la trajectoire et allez au bout du geste.
C’est déjà une base de travail.
La phrase devient précise : J’ai confiance en ma préparation pour ce point à sept mètres.
Elle ne prétend pas que la boule finira près du but. Elle nomme quelque chose que vous pouvez encore faire avant de connaître le résultat.
Ce que la recherche peut nous apprendre sur ce coup
Une revue scientifique publiée en 2023 a réuni 44 études, 55 échantillons indépendants et 5 373 participants issus de différents sports.
Les chercheurs s’intéressaient à ce qu’ils appellent l’auto-efficacité avant l’épreuve : ce que l’on se croit capable de faire avant d’agir. Sur un terrain de pétanque, la question utile est plus simple. Que pensez-vous pouvoir faire avant que la boule quitte votre main ?
Dans l’ensemble des études, une conviction plus forte avant l’action était associée à de meilleurs résultats. Le lien était modeste, pas écrasant. Il devenait aussi plus net lorsque la question sur la confiance correspondait exactement à l’action mesurée.
Ce détail compte.
« Je me sens en confiance aujourd’hui » est très loin de « Je me fais confiance pour poser ce point à sept mètres dans la zone que j’ai choisie. »
La recherche montre une association, pas une garantie. On peut avoir confiance et manquer. On peut aussi douter et produire une boule remarquable. La confiance ne lance pas la boule à votre place. Votre savoir-faire, le choix du coup, la préparation, le terrain et l’exécution continuent de compter.
La leçon n’est donc pas de fabriquer de toutes pièces un grand sentiment appelé confiance.
Ramenez cette confiance à quelque chose de plus modeste et de plus honnête.
Fiez-vous à la partie de votre jeu que l’entraînement a déjà confirmée.
Construire la confiance à partir de preuves
Les encouragements sans fondement ont la vie courte.
Vous pouvez répéter dix fois « je peux le faire ». Si les mots ne reposent sur rien, la pression révélera le vide. Une confiance honnête doit venir de quelque part.
Elle peut venir de :
- La préparation. Vous avez travaillé cette distance et vous comprenez la donnée.
- L’expérience. Vous vous souvenez d’une boule comparable et de ce qui vous avait aidé à la jouer.
- Une image claire. Vous voyez la ligne, la courbe ou la zone de donnée recherchée.
- Une routine simple. Vous savez comment entrer dans le rond et commencer.
- Votre capacité à repartir. Vous avez déjà manqué et vous savez revenir au problème suivant.
- Votre équipe. Vous savez que la décision est partagée et que la réaction après le coup restera utile.
Aucune de ces sources ne promet le résultat.
Chacune vous donne une raison de vous engager.
Cela change la manière de vous entraîner. Au lieu d’essayer de ressentir de la confiance, recueillez des preuves. Remarquez quelle préparation vous aide à voir le coup. Observez quel repère reste disponible quand la distance change. Vérifiez si votre routine est encore là après un échec.
Le travail du bras lent le montre bien. Les boules jouées plus lentement ne servent pas à prouver que votre technique est définitivement réglée. Elles vous aident à remarquer une partie utile du mouvement, puis à vérifier si elle revient au rythme normal.
La confiance se construit sur ce qui reste disponible.
Quand la boule paraît plus grande que le coup
Sous pression, vous ne voyez plus la boule à jouer de la même manière.
Le même point à sept mètres peut sembler ordinaire au début d’un entraînement et menaçant lorsque la partie se joue dessus. La distance n’a pas changé. L’enjeu, oui.
Les chercheurs parlent parfois de la différence entre défi et menace. Dans une revue de 2025 portant sur 62 études et 7 418 participants, les performances étaient généralement un peu meilleures lorsque la situation était vécue comme un défi plutôt que comme une menace.
Sur le terrain, un coup ressemble davantage à un défi lorsque vous pensez disposer de ressources suffisantes pour le résoudre : votre entraînement, l’image du coup, la décision et la routine. Il devient une menace lorsque le score, le terrain ou la conséquence semblent plus grands que tout ce sur quoi vous pouvez vous appuyer.
Faire semblant que la situation n’a aucune importance ne résout rien.
Posez une meilleure question : Qu’est-ce qui reste à ma disposition pour cette boule ?
La donnée, votre routine, la décision prise avec l’équipe et votre respiration sont toujours là. La sensation d’aller au bout du geste aussi.
Ramenez votre attention vers ces ressources.
Le score peut rester important sans devenir la seule chose que vous voyez.
Protéger la boule suivante
La confiance peut aussi changer après que la boule a quitté la main.
Vous restez court. Avant même que la boule se soit arrêtée, l’esprit commence à écrire :
Je me crispe toujours quand ça compte.
Les faits sont plus simples.
La boule est tombée courte.
Une vaste étude sur le tennis de haut niveau aide à comprendre pourquoi cette différence compte. Harris et ses collègues ont analysé 658 068 points disputés dans 3 552 matchs du Grand Chelem. Une pression plus forte était associée à davantage de doubles fautes et de fautes directes. Après une première erreur, le risque d’en commettre une autre augmentait, et cet effet devenait plus marqué lorsque la pression était déjà élevée.
Il s’agissait de tennis, pas de pétanque, et l’étude ne peut pas nous dire exactement ce qui se passait dans l’attention de chaque joueur. Mais l’enchaînement d’un point après l’autre nous apprend quelque chose d’utile sur l’enchaînement d’une boule après l’autre : la dernière erreur peut se prolonger jusque dans la tentative suivante.
Votre travail n’est pas d’effacer l’échec.
Retenez l’information, pas le verdict.
Gardez le fait. Laissez tomber le scénario.
« La boule est tombée courte » peut aider à prendre la prochaine décision.
« J’échoue toujours sous pression » ne décrit ni le terrain, ni le lâcher, ni le choix du coup. Cette phrase transforme un résultat en identité.
Pour ralentir ce passage brutal du résultat au jugement, revenez à l’exercice du témoin. Observez d’abord. Décidez ensuite si quelque chose doit réellement changer.
Donner une seule tâche utile à l’esprit
La pression invite trop de consignes à la fois.
Bien tenir la boule. Garder le poignet souple. Rester bas. Ne pas se précipiter. Finir le geste. Ne pas rester court. Ne pas oublier le score.
Quand le bras part enfin, la boule emporte toute une réunion avec elle.
Une revue des recherches sur le dialogue intérieur a montré que de brèves consignes techniques étaient particulièrement utiles pour les mouvements précis. Ces études ne portaient ni sur le point ni sur le tir à la pétanque, mais l’idée mérite d’être testée sur le terrain. Donnez à votre attention une seule tâche claire plutôt que six consignes qui se disputent la place.
Cela ne signifie pas que n’importe quelle phrase positive fonctionnera, ni qu’un repère peut remplacer l’entraînement.
Employez des mots déjà reliés à une expérience :
- voir la donnée ;
- dessiner le tir ;
- aller au bout du geste ;
- poignet souple.
Choisissez-en un. Dites-le avant que le mouvement commence. Puis laissez le corps lancer.
Un repère doit rappeler quelque chose que vous avez travaillé. Il ne doit pas devenir une correction supplémentaire, ajoutée au milieu du geste.
La routine comme chemin de retour
La routine d’avant-coup est parfois présentée comme un moyen de contrôler le résultat.
Je préfère la voir comme un chemin qui ramène vers l’essentiel.
Lisez la mène. Validez le choix. Entrez dans le rond. Voyez le coup. Respirez. Jouez.
La séquence n’a pas besoin d’être compliquée. Elle doit seulement être assez familière pour rester accessible quand la situation devient bruyante.
Une revue consacrée aux routines d’avant-coup et d’avant-performance a conclu qu’elles étaient souvent utiles sous une pression faible comme sous une pression forte, même si les résultats variaient beaucoup d’une étude à l’autre.
Une revue plus récente, publiée en 2026, sur les moyens de répondre à la pression a également relevé des effets favorables pour plusieurs approches, dont les routines, le dialogue intérieur, la pleine conscience et l’entraînement du regard calme. Les effets étaient plus réguliers lorsque l’action pouvait être déclenchée à son propre rythme et répétée que lorsque la situation changeait sans cesse.
Cette distinction compte en pétanque. Vous choisissez quand commencer et vous lancez depuis un cercle fixe, mais le problème devant vous n’est jamais figé. Le terrain change, la mène change et le meilleur choix est toujours à refaire.
La routine est donc utile, mais elle n’a rien de magique. Elle doit stabiliser la préparation sans vous rendre aveugle au problème posé.
Faire confiance à la manière dont l’équipe fonctionne
La confiance au sein de l’équipe peut, elle aussi, devenir trop vague.
« Nous allons gagner » peut faire du bien, mais cela reste une prédiction sur le résultat. Elle peut disparaître dès que l’adversaire joue une boule exceptionnelle.
Vous pouvez en revanche faire confiance à votre équipe pour :
- lire la mène avec vous ;
- prendre une décision claire ;
- vous soutenir lorsque vous jouez le coup ;
- parler de ce qui vient de se passer sans chercher un coupable ;
- résoudre avec vous le problème suivant.
Une vaste revue des recherches sur les croyances partagées et les résultats collectifs a montré que les groupes obtenaient généralement de meilleurs résultats lorsqu’ils croyaient pouvoir accomplir le travail ensemble. Il ne s’agissait pas d’une étude sur la pétanque, et elle ne prouve pas qu’un langage confiant fait gagner une équipe.
Pour votre équipe, la distinction utile se situe entre la confiance dans votre manière de jouer ensemble et l’exigence d’une certitude sur le résultat.
À 12–12, votre partenaire ne peut pas vous promettre que la boule sera bonne. Il peut vous aider à choisir, confirmer ce qu’il voit et rester avec vous après le lancer.
C’est cela, un vrai soutien.
Une conviction, une situation, une observation honnête
Essayez ceci lors de votre prochaine séance d’entraînement à la pétanque.
Choisissez un coup qui ressemble à une situation de partie et qui compte pour vous. Ce peut être un point à sept mètres sur un but dégagé, un tir sur la boule adverse qui tient le point, ou une trajectoire plus haute vers une donnée que vous évitez parfois.
Ensuite :
- Nommez une chose à laquelle vous vous fiez vraiment : « J’ai confiance dans ma préparation pour ce point à sept mètres. »
- Rendez la situation précise : distance, terrain, coup et intention.
- Ajoutez une petite conséquence. Accordez-vous une tentative plutôt que six.
- Utilisez un repère ou une routine que vous connaissez déjà.
- Ne lancez qu’une seule boule.
- Décrivez le résultat sans vous juger.
Ne demandez pas seulement si la boule était bonne.
Demandez :
À quoi me suis-je fié, et était-ce encore disponible au moment de jouer ?
Peut-être la boule est-elle restée courte alors que la donnée était parfaitement claire. Peut-être le point est-il bon, mais le mouvement s’est précipité. Peut-être la routine a-t-elle disparu dès que quelqu’un vous a regardé.
Voilà l’information.
Écrivez une phrase dans votre Journal de Performance Pétanque avant de recommencer :
Je me suis fié à l’image de la donnée, mais j’ai arrêté le geste quand cette boule comptait vraiment.
Vous savez maintenant par où commencer le prochain entraînement.
Jusqu’où peut-on aller avec cette idée ?
Pas jusqu’à en faire une promesse.
Aucune de ces études ne s’est déroulée dans un rond, sur un terrain difficile, à 12–12.
Les recherches sur la confiance réunissent des sports, des niveaux et des situations différents. L’étude sur le tennis montre une tendance à travers des matches de haut niveau, pas ce qui se passe dans votre attention après une boule manquée. Les revues sur le dialogue intérieur et les routines rassemblent des gestes et des méthodes d’entraînement très variés. Même la revue la plus récente sur la pression précise que les effets changent selon le type d’habileté et que davantage de recherches sont nécessaires dans des situations réalistes de compétition.
Ce n’était pas de la pétanque.
J’ai donc pris une idée utile dans ces recherches pour en faire quelque chose que vous pouvez essayer à l’entraînement : rendez la confiance précise, reliez-la à une expérience vécue, testez-la avec une seule boule assortie d’une petite conséquence, puis notez ce qui est resté disponible.
Si cette approche vous aide, gardez-la. Si tout disparaît sous la pression, vous venez de trouver quelque chose à travailler. Si les mots sonnent faux, ramenez la conviction à quelque chose de plus modeste, jusqu’à ce qu’elle devienne honnête.
Assez de confiance pour lancer la boule
Revenez à 12–12.
L’adversaire tient le point. La dernière boule est dans votre main.
Vous ne connaissez toujours pas le résultat.
Mais vous voyez la donnée. Vous avez pris la décision avec votre équipe. Vous savez ce que vous demandez à la boule. Vous avez un repère issu de votre entraînement.
Ce n’est pas une certitude.
C’est assez pour entrer dans le rond, choisir le coup et vous engager.
La confiance n’a pas besoin de vous annoncer que la boule sera bonne.
Cette confiance-là suffit pour lancer la boule.
Références
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À quoi vous fiez-vous quand la boule compte et que la confiance n’est pas venue ?
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