Pourquoi le journal ne demande que vos meilleurs coups

Vous rentrez d’une séance d’entraînement. Les boules près de la porte, le café en route. Vous ouvrez votre journal de pétanque et il vous demande trois coups.

Trois qui valaient le coup d’être répétés. Ce que vous faisiez au moment où c’est sorti, et la sensation que ça a laissée.

Les coups manqués ne sont pas absents de la page. Vous évaluez la façon dont vous les avez gérés, et une leçon s’écrit. Ce que vous ne faites pas, c’est les rejouer.

On progresse dans ce qu’on se repasse. Je l’ai construit comme ça exprès, et cette année j’ai lu quelque chose qui m’a rendu content de l’avoir fait.

Vous le faites déjà

Le retour en voiture après votre dernier concours. Quelle boule avez-vous rejouée dans votre tête ? La mienne n’est jamais celle que j’ai laissée courte. C’est celle où j’avais choisi la donnée, vu ce que le terrain allait en faire, et regardé ça arriver. À chaque fois.

Pendant longtemps, j’ai cru que c’était juste pour me faire plaisir.

Je ne suis pas le seul. Cette année, Valério et ses collègues, au Brésil, ont donné soixante putts à des golfeurs en leur disant qu’ils pouvaient demander un retour quand ils le voulaient, aussi souvent qu’ils le souhaitaient, après le coup de leur choix.

Dans tous les groupes, ils ont surtout demandé après les putts qui étaient bien passés.

Personne ne le leur avait dit. C’est simplement ce que font les gens quand on les laisse faire.

On devient ce qu’on répète. C’est Lanny Bassham dans With Winning in Mind, l’un des deux livres qui ont changé ma façon de m’entraîner, et dont j’ai parlé en Semaine 1 : Attention. Rejouez la boule manquée et c’est elle qui se répète. Donc revenir vers la bonne, c’est le bon réflexe.

La page ne fait que le rendre volontaire. Vous le faisiez déjà.

Notre mémoire est douée pour choisir quel coup garder. Ce qu’elle perd, c’est tout ce qu’il y avait autour. Elle vous tend les bons moments et oublie la séance d’où ils viennent, si bien que vous rentrez avec un beau souvenir et rien accroché à lui.

C’est pour ça que j’en demande trois, avec la date et la séance à côté. Trois, ça fait la trace de votre entraînement à la pétanque. Un seul, c’est juste un joli souvenir.

À quoi sert votre mot

Chacun de ces trois coups reçoit un mot, et un détail à garder. Calme. Doux. Propre. Plein. À l’heure.

Un mot, ça a l’air de rien. C’est le plus important de la page.

Soylu et ses collègues, en Turquie, ont pris quinze archers expérimentés. Avant de tirer, une demi-heure d’une tâche de concentration difficile, le genre qui vous laisse rincé. Un autre jour, les mêmes archers, mais ils ont d’abord regardé un documentaire. Et les deux fois, ils ont tiré une compétition complète. Soixante-douze flèches à cinquante mètres.

Fatigués, ils ont marqué environ treize points de moins.

Leur fréquence cardiaque était la même. Leurs scores d’anxiété étaient les mêmes.

Vous connaissez peut-être cet état. Vous arrivez directement du travail, ou vous avez fait deux heures de route. Vous n’êtes pas nerveux et vous n’êtes pas vraiment fatigué, et si on vous demandait, vous diriez que ça va. Rien ne se voyait chez ces archers non plus. Ça leur a coûté quand même.

C’est la question de l’état dans lequel on arrive, celle sur laquelle je reviens sans arrêt dans Semaine 5 : Confiance.

Maintenant retournez-la.

L’après-midi où tout est sorti facilement n’avait rien de différent vu de l’extérieur. Votre pouls était normal. Personne sur le bord du terrain n’aurait pu vous dire pourquoi ça marchait. Vous étiez présent d’une façon que vous ne pouvez pas montrer après coup, et vous étiez le seul à le savoir.

Une heure plus tard, vous aurez toujours le score. La sensation, elle, sera en général partie.

Voilà donc le travail d’un seul mot. C’est un déclencheur. Assez petit pour l’emporter, et il vous ramène à un lancer qui a marché.

C’est pour ça que la page se termine en demandant un mot à emmener dans la séance suivante. La séance suivante commence en vous demandant de le relire avant l’échauffement.

Neuf fois sur dix, c’est le même mot. Ce que vous avez senti quand c’est sorti devient le repère que vous emmenez la fois d’après, comme celui qu’on a construit en Semaine 2 : Lenteur.

La page vous demande aussi à quel point vous l’avez exécuté. Pas si les boules sont rentrées. Si le mot a fait son travail.

Encore une chose dans cette étude.

Le score n’est pas la seule chose qui a bougé. Ils y ont aussi pris moins de plaisir.

Ils tiraient toujours. Ils n’y prenaient simplement plus de plaisir. C’est pour ça que la page d’auto-évaluation demande à quel point vous avez pris du plaisir pendant la séance, à côté de votre présence et de la façon dont vous avez géré les coups manqués. Leur fréquence cardiaque n’a rien enregistré de tout ça, et la vôtre non plus.

Une boule manquée vaut exactement une chose

La page vous demande d’évaluer comment vous avez géré les coups manqués. De l’évaluer. Elle ne vous demande jamais d’écrire dessus.

C’est volontaire. C’est aussi ce que j’ai mal fait pendant des années, et ce sur quoi les joueurs me posent le plus de questions.

Parce qu’une boule manquée porte bien quelque chose. Presque toujours une seule chose. Vous avez mal lu le terrain. Vous étiez cinquante centimètres trop court sur la donnée. Vous avez précipité le lâcher. Ramassez ça et ça vous accompagne jusqu’à la boule suivante.

Une fois suffit. Reprenez-la et vous en tirez moins, pas plus. À la troisième fois que je me la repasse, j’ai arrêté de regarder le terrain et j’ai commencé à me regarder moi.

La semaine dernière j’ai écrit que la boule lancée il y a deux minutes est encore dans le cadre. C’est là que finit une boule manquée qu’on rejoue. Directement dans l’image suivante, à prendre la place dont le coup suivant avait besoin.

Alors gardez ça petit. Une chose, puis on avance. Le calme que vous y gagnez, c’est simplement ce que ça fait de n’avoir qu’une seule chose en tête.

Il y a un mot qui casse la règle, et c’est celui qu’on sort tous.

La pression.

Nygaard et Havnen ont posé ce mot à 150 footballeurs de Norvège, et il s’est avéré qu’il recouvrait quatre choses différentes. Les nerfs dans le corps. Le souci. Le fait de perdre le fil de ce qu’on fait. Et ce qu’un joueur croyait de son propre souci.

Elles ne bougeaient pas ensemble. Ce qu’un joueur croyait n’avait rien à voir avec le fait de perdre la concentration.

Donc la pression n’est pas une chose qu’on peut emporter. C’en est quatre, et aucune n’est assez précise pour servir sur la mène suivante.

Si c’est le mot qui revient tout le temps, en écrire davantage n’aidera pas. Trouvez laquelle des quatre c’était. Emportez celle-là.

Un bras qui précipite le lâcher. La tête sur le score avant que la boule quitte la main. Entrer dans le rond sans avoir choisi sa donnée. L’idée qu’un joueur détendu est un joueur négligent.

Quatre problèmes différents, et le mot n’en règle aucun. Que fait votre corps après un coup manqué ? va plus loin sur le premier.

Les trois meilleurs coups reçoivent un mot sur la sensation parce que vous voulez retrouver cette sensation. Une boule manquée reçoit un fait et une note. Pas de sensation, parce que ce n’est pas une sensation que vous voulez retrouver.

Rendre une boule manquée utile est l’exercice pour ça. Prenez la seule chose. Laissez le reste sur le terrain. C’est comme ça que je construis chaque exercice de pétanque ici, et Donnez un objectif à l’exercice avant de lancer est là où ça commence.

Jusqu’où peut-on aller avec tout ça ?

Tout ce qui précède, c’est ce que j’ai lu et étudié dans d’autres sports. Est-ce que ça marche pour nous, joueurs de pétanque ? C’est mon intuition, pas leur résultat.

Aucun de ces articles n’a construit le journal. Les pages sont venues d’abord, et la lecture après, parce que je voulais savoir si ce que j’avais construit tenait sur quelque chose. Voilà donc ce que j’ai pris dans chacun, et ce que j’ai laissé.

Du golf, je n’ai retenu que la direction. Je n’ai que le résumé, donc je ne peux pas vous dire combien de joueurs il y avait, ni quelle était l’ampleur de l’effet. Ce que ça montre, c’est que les gens ont demandé un retour après leurs bons putts, dans les trois groupes. Ça ne montre pas que le fait de demander en a fait de meilleurs joueurs.

Le tir à l’arc a la méthode la plus propre des trois. Les mêmes quinze archers, les deux conditions, soixante-douze heures d’écart, rien de différent entre les deux à part la fatigue. C’est pour ça que je fais confiance à la direction que ça indique. Quinze, ça reste quinze, alors je retiens la forme du résultat plutôt que sa taille.

Du football, j’ai retenu les quatre morceaux, et à ceux-là je fais confiance. Ce que ça ne peut pas vous dire, c’est dans quel sens ça marche. Tout le monde s’est décrit soi-même, personne n’a regardé qui que ce soit jouer, et ce qui prédisait le plus fortement l’anxiété de compétition n’était pas une croyance sur le souci. C’étaient les symptômes dépressifs.

Il s’agit de remarquer, pas de soigner. Si quelque chose dans vos notes pointe vers un problème qui ne retombe pas quand vous quittez le terrain, emmenez-le vers quelqu’un de qualifié plutôt que vers un carnet.

Ces articles m’ont donné de meilleures raisons pour des pages que j’avais déjà écrites. C’est en général le maximum qu’on devrait demander à la recherche.

Avant que ça parte

Calme. Doux. Propre. Plein. À l’heure.

L’un de ces mots appartient à quelque chose que vous avez fait cette semaine. D’ici jeudi, vous ne saurez plus le retrouver.

C’est tout l’argument pour l’écrire, et le Volume 1 du Journal de la Performance à la Pétanque est six semaines de pages faites pour l’attraper.

Tout le reste de ce qui s’est passé là-bas a déjà fait son travail.

Recherche

Nygaard, M. U., & Havnen, A. (2026). The relationship between metacognitive beliefs and competitive anxiety among elite and amateur soccer players. Frontiers in Sports and Active Living, 8, 1880234. https://doi.org/10.3389/fspor.2026.1880234

Soylu, S., Arslan, E., Kilit, B., & Soylu, Y. (2026). The effects of mental fatigue on psychophysiological responses, mood states, and archery shooting performance under a simulated archery competition: A randomized cross-over study. Brain Sciences, 16(5), 459. https://doi.org/10.3390/brainsci16050459

Valério, M. M., Chiviacowsky, S., Cardozo, P., & Drews, R. (2026). Effects of conceptions of ability on the learning of a sport motor skill in a self-controlled feedback condition. International Journal of Sports Science & Coaching. Advance online publication. https://doi.org/10.1177/17479541261467990

Qu’avez-vous réussi lors de votre dernière séance et que vous savez encore décrire aujourd’hui ?

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